Depuis bientôt trois ans, l'intelligence artificielle générative s'est invitée dans nos vies professionnelles. ChatGPT, Claude, Gemini, Copilot : ces noms sont désormais familiers, parfois même utilisés au quotidien dans nos agences. Ils impressionnent, ils intriguent, ils inquiètent aussi — et c'est légitime.

Mais une question revient, sourdement, dans toutes les conversations entre confrères : « Est-ce vraiment fait pour nous ? »

Pour répondre honnêtement, il faut comprendre qu'il existe deux familles d'IA très différentes, qui ne répondent pas aux mêmes besoins. La confusion entre les deux est sans doute la principale source de désillusion — et d'occasions manquées — pour les métiers de la conception.

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Les IA horizontales :
le couteau suisse universel.

Les IA généralistes — ce qu'on appelle des IA horizontales — sont conçues pour faire beaucoup de choses, pour beaucoup de monde.

Elles sont entraînées sur des volumes colossaux de données publiques : Wikipédia, livres, articles, forums, code informatique, presse, sites web. Le résultat est spectaculaire : elles peuvent écrire un poème, expliquer la relativité, traduire en mandarin, déboguer du Python, résumer un contrat ou improviser une recette de cuisine.

C'est une prouesse technologique. Et pour de nombreux usages personnels ou ponctuels, c'est largement suffisant.

Mais cette polyvalence a un revers : ces IA savent un peu de tout, et rien en profondeur. Elles n'ont pas été pensées pour un métier précis. Elles ne connaissent pas la nuance entre un APS et un APD, ne maîtrisent pas les subtilités d'un PLU, ne savent pas relire un CCTP avec l'œil d'un maître d'œuvre. Elles peuvent en parler — superficiellement — mais elles ne pratiquent pas.

Surtout, elles ne connaissent rien de votre agence. Pas vos projets passés, pas votre bibliothèque de détails techniques, pas vos prix de référence, pas vos entreprises partenaires, pas votre style. Chaque conversation repart, peu ou prou, d'une page blanche.

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Les IA verticales :
l'expertise concentrée.

Face à ce constat, une autre génération d'outils émerge : les IA verticales, aussi appelées IA métier.

Leur philosophie est inverse. Plutôt que de tout savoir un peu, elles savent beaucoup, sur un domaine précis. Plutôt que de servir tout le monde, elles servent un métier en particulier.

On les retrouve déjà dans plusieurs secteurs structurés. Harvey AI révolutionne les cabinets d'avocats anglo-saxons en étant entraîné sur le droit. Hippocratic AI s'adresse aux soignants avec une connaissance médicale fine. Glean organise la mémoire interne des entreprises. Cursor transforme le quotidien des développeurs en comprenant le code.

Ces outils ne cherchent pas à remplacer les IA généralistes. Ils apportent une couche d'expertise qu'aucun outil universel ne peut atteindre — précisément parce qu'ils se concentrent sur un seul domaine, ses règles, son vocabulaire, ses usages.

Infographie comparative : agents IA verticaux vs horizontaux — SearchUnify
// SOURCE
SearchUnify, « Vertical vs Horizontal AI Agents : Making the Right Choice », infographie, octobre 2025. [ Voir l'original → ]

Comme l'illustre cette infographie publiée par SearchUnify, le marché des IA professionnelles se structure désormais autour de cette distinction fondamentale. Samantha s'inscrit pleinement dans cette dynamique des IA verticales — appliquée au métier d'architecte.

C'est cette même approche qui commence à arriver en architecture.

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Le métier d'architecte :
un terrain fertile.

Pourquoi l'architecture est-elle un terrain idéal pour l'IA verticale ?

Parce que notre métier produit, depuis des décennies, une quantité considérable de savoir documentaire : notices de permis de construire, CCTP, courriers à la maîtrise d'ouvrage, dossiers de consultation des entreprises, comptes-rendus de chantier, études de faisabilité, références projets, dossiers de candidature, plaquettes commerciales.

À cela s'ajoute un savoir réglementaire dense et mouvant : codes de l'urbanisme, PLU, PLUm, PLUi, règles parasismiques, normes thermiques, accessibilité, sécurité incendie.

Et au-dessus de tout cela, un savoir tacite, plus précieux encore : l'expérience. La façon dont une agence rédige ses courriers, les prix qu'elle pratique, les entreprises avec qui elle travaille bien, les solutions techniques qu'elle privilégie, les pièges qu'elle a appris à éviter.

Une IA généraliste ne peut rien faire de tout cela. Elle n'a pas accès à votre agence, ne comprend pas vos références, ne connaît pas votre style.

Une IA verticale, conçue pour notre métier, peut tout l'absorber — et le restituer au moment où vous en avez besoin.

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Le vrai sujet :
la transmission de l'expérience.

Mais réduire l'IA verticale à un simple outil de recherche documentaire serait passer à côté de l'essentiel.

Le véritable enjeu, celui qui devrait nous mobiliser tous, c'est la transmission.

Combien de fois avons-nous vu partir un collaborateur expérimenté en emportant, avec lui, des années de connaissance accumulée ? Combien d'agences ont vu disparaître, à la retraite d'un associé, une mémoire technique qu'aucun document ne consignait vraiment ? Combien de jeunes architectes refont aujourd'hui les mêmes erreurs que leurs aînés, faute d'un canal efficace pour leur transmettre l'expérience du métier ?

L'IA verticale change cette équation.

En s'imprégnant des documents, des choix, des arbitrages d'une agence sur des années, elle devient une mémoire vivante. Elle ne remplace pas la transmission humaine — elle l'augmente, la prolonge, la rend disponible à tout moment et à chaque collaborateur, qu'il soit là depuis vingt ans ou depuis deux semaines.

C'est ici que se joue, à mon sens, l'apport civilisationnel de cette technologie : pour la première fois, nous disposons d'un outil capable d'absorber l'expérience humaine accumulée et de la redistribuer sans qu'elle ne se perde.

À condition, bien sûr, de la lui transmettre avec soin.

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L'enjeu de la
transmission machine.

Car rien ne se fait tout seul. Pour qu'une IA verticale devienne réellement utile à un métier, encore faut-il lui apprendre ce métier.

C'est un travail à part entière, et c'est ce qui distingue radicalement un produit pensé par des techniciens d'un produit pensé par des praticiens.

C'est exactement ce que nous faisons avec Samantha, l'IA que nous développons chez VI-Truve AI pour les agences d'architecture. Mais au-delà de notre produit, c'est une méthode que nous défendons : celle d'une IA construite avec le métier, et non pour le métier vu de loin.

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Pour les BET, MOE,
et tous les acteurs.

Ce qui est vrai pour les architectes l'est tout autant pour les bureaux d'études techniques, les maîtres d'œuvre, les économistes de la construction, les contrôleurs techniques. Tous ces métiers partagent les mêmes caractéristiques :

Tous ces métiers gagneront, dans les années qui viennent, à se doter d'outils verticaux conçus pour eux — et non à essayer de plier des outils horizontaux à leurs besoins.

C'est, je le crois, l'une des grandes lignes de force de la décennie à venir dans nos professions.

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Conclusion :
reprendre la main.

L'IA n'est pas un sujet technique. C'est un sujet professionnel et, à plus long terme, culturel.

Les outils horizontaux ont eu le mérite d'ouvrir le débat et de démocratiser une technologie qui paraissait inaccessible. Ils continueront d'exister, et nous continuerons à les utiliser ponctuellement, comme on utilise un moteur de recherche ou un traducteur en ligne.

Mais le vrai changement, celui qui va transformer la façon dont nos agences travaillent, dont nous transmettons notre savoir, dont nous formons les jeunes générations — ce changement viendra des IA verticales.

Des IA qui connaissent notre métier. Qui parlent notre langue. Qui s'inscrivent dans notre histoire. Qui respectent notre patrimoine documentaire.

Des IA pensées par des architectes, pour des architectes.

Et c'est seulement à cette condition que la technologie restera, comme elle doit l'être, au service de l'homme et de son métier — et non l'inverse.

// Signature

Boris Cindric

Architecte D.P.L.G., co-fondateur de VI-Truve AI. Auteur de la série L'Architecte-Apprenant publiée sur Chroniques d'architecture. Il développe Samantha — la mémoire vivante des agences d'architecture.

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